L'art dans les jeux vidéo. ...

05.04.2006, 11:50 Au-delà de tous leurs admirables polygones et de leurs montagnes de calculs... Par delà leurs musiques envoûtantes... Les jeux vidéo, sur un plan sémantique peuvent-ils être considérés artistiquement parlant comme des oeuvres ou simplement comme des objets de commerce ?

Une question qui fâche, qui énerve, un sujet très houleux que Maître Destructor devra contrôler. Qui l'emportera ? Qui sera le maillon-fort !? Et qui repartira dans son taxi avec Joe !? (Mais non, pas Hisaishi, bande de nazes... Quoi qu'il a bossé avec Paradis !).

Bref, personnellement, je m'extrapolerai après, mais je fais partie de ceux qui disent qu'il n'y a pas d'art dans les jeux vidéo en dehors de l'image et de la musique. Sur le plan de la trame, des idées, j'ai toujours trouvé la majorité les jeux plats et sans grand intérêt philosophique. Bien entendu, il y a des exceptions. Je citerai certains passages de Xenogears, Rez (pour son côté artistique très prononcé), Ico (pour son lyrisme), certains passages de la série MGS etc. Mais globalement, y'a-t-il déjà eu un jeu réellement artistique que ce soit à l'écran, dans le son et qui plonge le joueur dans une trame de réfléxion poussée à la Avalon (par ex.) ?

C'est vrai, parfois on compare trop le cinéma avec les JV... Mais, je suis aussi partisan de ceux qui disent que les deux domaines sont proches et que le JV est la transgression du cinéma car les développeurs ne se risquent pas...

Bref, je vous laisse disserter.
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12.04.2006, 04:54 Une question très difficile...
Je pense que certains jeux sont tellement réussis artistiquement qu'on peut les identifier en tant qu'oeuvre d'art...
Pour ma part, les jeux vidéo sont là pour m'amuser et me distraire mais je ne les prends pas pour de l'art.

PS: désolé le débat est sympa mais je ne suis pas du tout inspiré sur le sujet... Resphoina, peut être en donnant ton point de vue, on fera avancer le smilblik ?

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24.04.2006, 12:17
Citation

je fais partie de ceux qui disent qu'il n'y a pas d'art dans les jeux vidéo en dehors de l'image et de la musique.


Déjà si tu enlèves l'image et le son au jeu vidéo tu ne lui laisses pas grand-chose...
Le travail effectué sur les musiques d'un jeu vidéo est un travail d'artiste. Tout comme celui fait sur le design des personnages et des environnements. Une grande partie d'un jeu étant l'image et le son, une grande partie de celui-ci est donc artistique.

Ensuite il y a des jeux dont le scénario est très important et extrèmement bien fichu. Par exemple le scénario de Silent Hill 2 est tout à fait digne de celui d'un livre ou d'un film.
La mise en scène des cinématiques est elle aussi artistique (et empreintée au cinéma).

Tous les jeux ne sont pas artistiques, comme les jeux de sport, de voitures ou de guerres hyper réalistes (qui sont des jeux qui se "contente" de copier la réalité, donc plus un travail d'artisan que d'artiste), mais d'autres le sont sans aucun doute.
Lorce que l'on joue à Ico, on ressent véritablement quelque chose : tristesse, solitude, résignation de Yorda, etc... Comment ne pas reconaitre l'art dans ce jeu? Eternal Darkness c'est du Lovecraft en jeu vidéo. Pourquoi ne serait-ce pas de l'art comme les livres de ce dernier?

Citationsans grand intérêt philosophique


Et le rapport avec l'art? Est-ce que l'art doit impérativement apporter une réflexion philosophique? M'est avis que non. La philosophie dans la musique elle est où? La musique ne serait pas une forme d'art? Beethoven ne serait pas un artiste?

Pour moi, ce qui différencie l'art de l'artisana c'est la "création". Reproduire fidèlement un paysage ou un visage en peinture c'est de l'artisana (autant faire une photo). Mais reproduire un paysage ou un visage en y apportant quelque chose (c'est ce que font les mouvements impressionistes, cubistes, surréalistes, etc...) c'est de l'art. Créer un paysage, un personnage, c'est de l'art. Reproduire fidèlement un joueur de foot ou une bagnole pour un j'eu c'est de l'artisana. Créer le personnage de James Sunderland et l'univers de Silent Hill c'est de l'art. Reproduire les uniformes des soldats de la seconde guerre mondiale pour Medal of Honor c'est de l'artisana. Créer les armures de Champions of Norrath c'est de l'art. Reproduire une ville comme dans the Getaway c'est de l'artisana. Créer un univers vivant et à l'esthétique forte comme dans Zelda tWW c'est de l'art.

Nier l'art dans le jeu vidéo c'est nier les talents de ceux qui ont créé des personnages, des paysages, des musiques, qui ont travaillés sur le son, les vêtements des persos, les musiques, la mise en scène, le scénario, etc...
Et puis créer un nouveau genre de jeu-vidéo n'est-il pas de l'art? Créer un gameplay, faire en sorte que les gens prennent du plaisir à jouer à quelque chose de totalement nouveau n'est-ce pas une forme d'art?

EDIT : utiliser les bons mots dans un livres, les tournures de phrases, etc... C'est de l'art. Trouver les notes qui s'enchainent pour donner une mélodie c'est de l'art. Utiliser les couleurs et la lumière dans une peinture c'est de l'art. Choisir les bons angles de caméra et faire en sorte que les scènes s'enchainent bien c'est de l'art. Créer un gameplay, faire un level design qui fait que le joueur va prendre du plaisir dans le jeu n'est-il pas de l'art?

Haku
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24.04.2006, 09:11 Il y a de la philosophie en musique.

Je suis l'un de ces malades du crâne qui lorsqu'il écoute de la musique ou une chanson ressent des sentiments, un point de vue artistique, reçoit des messages, une voie, observe une nomenclature, et j'en passe.

Deux mots de vocabulaire :  ESTHÉSIQUE et POÏÉTIQUE, tu connais ?

En chanson : (forme de poésie rythmée, du moins, la chanson provient de la poésie. Combien d'auteurs de poésie ont exposé une philosophie à travers leurs vers ? Prenons Hugo par exemple qui s'est combattu contre Napoléon III grâce à la prose)

Ils s'embrassent au mois de Janvier,
car une nouvelle année commence,
mais depuis des éternités
l'a pas tell'ment changé la France.
Passent les jours et les semaines,
y a qu'le décor qui évolue,
la mentalité est la même :
tous des tocards, tous des faux culs.


Renaud, Hexagone.

En musique : avec des compositeurs qui ont réussi à créer un monde où l'on peut se perdre, s'évacuer, un monde à eux, tantôt joyeux, tantôt mélancolique et qui délivrent une énorme expérience à l'auditorium.

http://resphoina.free.fr/fd.rar
Joe Hisaishi, Piano Stories IV.

Bref, discuter sur ça, c'est futile, à mon avis. Dire qu'il n'y a pas de philosophie en musique revient à dire que la création artistique des auteurs n'existent pas vu que le message est inexistant et anéanti.


Reste qu'il y a, aujourd'hui, une quantité pléthore de musiques et de chansons bien commerciales, dénuées de toute philosophie et de tout art. Là-dessus, aucun doute.

Personnellement, je ne suis pas vraiment d'accord avec toi lorsque tu sépares "Art et "Philosophie" puisque tout bon professeur de philosophie tel Spinoza ou M. Troc (mon prof de Terminale, je plaisante) t'expliquera que sans philosophie, il n'y a pas d'art et sans art, il n'y a pas de philosophie. (Et, c'est ce point-là que je cherche à débattre dans ce sujet)


Ensuite, quand tu évoques le côté artisanal qui remplace l'art dans les jeux réalistes... Je ne te comprends pas.

Il suffit de visionner deux films pour comprendre la différence : Il faut sauver le Soldat Ryan et La Ligne rouge. Les deux ont bien ce côté artisanal : représenter un truc qui finalement a existé. Sauf que dans l'un, il n'y a quasiment aucune philosophie dans la trame, dans l'autre, il n'y a que de ça et le film a plutôt tendance à prendre la tête du spectateur avec toutes ces interrogations à propos de l'esprit du soldat face à la mort plutôt que de l'amuser. Pourtant, le soldat Ryan est loin d'être sans art (si je me fonde sur ton point de vue) car l'image a été travaillée jusqu'au moindre détail et la Ligne rouge se retrouve loin derrière sur ce point-là. De ce fait, on peut clairement dire que Spielberg a cherché à faire passer un message de violence avec son image très crédible et donc, il offre un peu de philosophie, un thème de base (qui méritait d'être extrapolé, à mon sens. Je pense qu'il y a peu d'art dans le Soldat, un peu, ouais... Légèrement et c'est bien dommage) tandis que l'autre, malgré son côté plus desué, offre une liste d'interrogations impressionnante.

Je crois que tu interprêtes l'art seulement par l'image et non par le message qu'il cherche à délivrer et qui dans ce cas-là est philosophique. Donc, chez toi, un truc qui est imaginaire devient de l'art... On trouve donc de l'art dans Pokémon.

Je suis d'accord pour dire que les mecs sont des vrais artistes quand ils font un jeu super beau en dehors d'un jeu de voiture etc... Mais le jeu est-il réellement artistique ? God of War est une problématique. Il est magnifique, incroyablement bien pensé, l'histoire est sympa mais finalement, philosophiquement parlant, c'est très plat parce que le thème pris par le scénariste est déjà vu, revu et sanctifié. Alors ouais, ok, je me mets à la place des gens, c'est artistiquement beau pour l'image (même si bon, on est loin d'être devant un Monet qui nous délivre un message).

Qu'en penses-tu ?

Kaiwen www.aide-informatique-loire...
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24.04.2006, 10:16
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Il y a de la philosophie en musique.

Je suis l'un de ces malades du crâne qui lorsqu'il écoute de la musique ou une chanson ressent des sentiments, un point de vue artistique, reçoit des messages, une voie, observe une nomenclature, et j'en passe.

Deux mots de vocabulaire :  ESTHÉSIQUE et POÏÉTIQUE, tu connais ?


Merci de me prendre pour un imbécile, ça fait toujours plaisir.

CitationEn chanson : (forme de poésie rythmée, du moins, la chanson provient de la poésie. Combien d'auteurs de poésie ont exposé une philosophie à travers leurs vers ? Prenons Hugo par exemple qui s'est combattu contre Napoléon III grâce à la prose)

Ils s'embrassent au mois de Janvier,
car une nouvelle année commence,
mais depuis des éternités
l'a pas tell'ment changé la France.
Passent les jours et les semaines,
y a qu'le décor qui évolue,
la mentalité est la même :
tous des tocards, tous des faux culs.


Renaud, Hexagone.


Même si les textes de Renaud (entre autres auteurs) sont travaillés, je n'irai pas jusqu'à parler de philosophie...

CitationEn musique : avec des compositeurs qui ont réussi à créer un monde où l'on peut se perdre, s'évacuer, un monde à eux, tantôt joyeux, tantôt mélancolique et qui délivrent une énorme expérience à l'auditorium.

http://resphoina.free.fr/fd.rar
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Bref, discuter sur ça, c'est futile, à mon avis. Dire qu'il n'y a pas de philosophie en musique revient à dire que la création artistique des auteurs n'existent pas vu que le message est inexistant et anéanti.


Reste qu'il y a, aujourd'hui, une quantité pléthore de musiques et de chansons bien commerciales, dénuées de toute philosophie et de tout art. Là-dessus, aucun doute.


Ressentir des émotions, voyager grace à une mélodie, ce n'est pas de la philosophie. Enfin pas pour moi.

Tu vas un peu vite en besogne en parlant de philosophie à tout va. La philosophie ce n'est pas juste un message (ou même plusiers) délivré dans un film, une chanson ou un poême. Une philosophie c'est un système de pensé, pas une idée, un point de vue. Ou alors tout le monde est philosophe... D'ailleurs NTM devait être un groupe de philosophes ("nique la police", ça c'est de la philosophie).

CitationPersonnellement, je ne suis pas vraiment d'accord avec toi lorsque tu sépares "Art et "Philosophie" puisque tout bon professeur de philosophie tel Spinoza ou M. Troc (mon prof de Terminale, je plaisante) t'expliquera que sans philosophie, il n'y a pas d'art et sans art, il n'y a pas de philosophie. (Et, c'est ce point-là que je cherche à débattre dans ce sujet)


L'art et la philosophies peuvent être liés, mais ce n'est pas nécéssaire. Toutes les peintures n'ont pas un sens philosophique. Tous les romans n'ont pas un sens philosophique. Tout les poêmes n'ont pas un sens philosophique. Ce qui n'empêche pas ces oeuvres d'être de l'art.
De plus, si Spinoza était philosophe, il n'était qu'un philosophe parmis tant d'autres. Donc bon, "Spinoza a dit..." ça fait classe mais ça ne sert à rien.

CitationEnsuite, quand tu évoques le côté artisanal qui remplace l'art dans les jeux réalistes... Je ne te comprends pas.

Il suffit de visionner deux films pour comprendre la différence : Il faut sauver le Soldat Ryan et La Ligne rouge. Les deux ont bien ce côté artisanal : représenter un truc qui finalement a existé. Sauf que dans l'un, il n'y a quasiment aucune philosophie dans la trame, dans l'autre, il n'y a que de ça et le film a plutôt tendance à prendre la tête du spectateur avec toutes ces interrogations à propos de l'esprit du soldat face à la mort plutôt que de l'amuser. Pourtant, le soldat Ryan est loin d'être sans art (si je me fonde sur ton point de vue) car l'image a été travaillée jusqu'au moindre détail et la Ligne rouge se retrouve loin derrière sur ce point-là. De ce fait, on peut clairement dire que Spielberg a cherché à faire passer un message de violence avec son image très crédible et donc, il offre un peu de philosophie, un thème de base (qui méritait d'être extrapolé, à mon sens. Je pense qu'il y a peu d'art dans le Soldat, un peu, ouais... Légèrement et c'est bien dommage) tandis que l'autre, malgré son côté plus desué, offre une liste d'interrogations impressionnante.


Je ne comprends pas le problème... Dans ces films, il ne s'agit pas de copier purement et simplement le réel. Spielberg a voulu faire passer un message dans son film (je n'ai aps vu la ligne rouge, mais je me doute bien qu'il en est de même).
Un film de vacance de base, ça c'est de l'artisana. On filme ce que l'on voit, ni plus ni moins.
Ce n'est pas parce que l'on se base sur des faits réels (seconde guerre mondiale) que l'on n'y ajouter pas son grain de sel.
Quand EA sort un Fifa, ils ne font que cpier la réalité : stades, maillots, visages des joueurs, etc... Il n'y a pas de créations au niveau de la plastique. Les musiques? Des musiques déjà existantes et dans le vent. Quant aux émotions, c'est le vide (à moins peut-être le plaisir d'avoir gagné son match, m'enfin bon...).

CitationJe crois que tu interprêtes l'art seulement par l'image et non par le message qu'il cherche à délivrer et qui dans ce cas-là est philosophique. Donc, chez toi, un truc qui est imaginaire devient de l'art... On trouve donc de l'art dans Pokémon.


J'interprète l'art pour les deux. Mais pas forcément en même temps. On peut utiliser l'art pour exprimer une idée, mais on peut aussi utiliser l'art pour l'esthétique. L'art pour l'art, quoi.

CitationJe suis d'accord pour dire que les mecs sont des vrais artistes quand ils font un jeu super beau en dehors d'un jeu de voiture etc... Mais le jeu est-il réellement artistique ? God of War est une problématique. Il est magnifique, incroyablement bien pensé, l'histoire est sympa mais finalement, philosophiquement parlant, c'est très plat parce que le thème pris par le scénariste est déjà vu, revu et sanctifié. Alors ouais, ok, je me mets à la place des gens, c'est artistiquement beau pour l'image (même si bon, on est loin d'être devant un Monet qui nous délivre un message).

Qu'en penses-tu ?  


Encore une fois, que le niveau philosophique soit bas on s'en tape. Le jeu est une réussite visuelle, musicale (les musiques sont vraiment térribles), scénaristique (apprendre le passé de Kratos était une réel motivation pour moi, et j'ai particulièrement aimé l'explication de sa peau grise). Parce que ce n'est pas totalement original on devrait nier le côté artistique de ce jeu? Pas de philosophie donc osef des musiques, de la plastique, de l'histoire et du gameplay? Recalé sans appel?
Combien de poêmes ont été fait sur le thème de l'amour? L'originalité n'est pas au rendez-vous, mais est-ce que ça empêche ces textes d'être artistiques?

Il faut savoir aussi que certains ne reconnaissent pas la bande dessinée, les films d'animation ou le cinéma comme de l'art. Donc bon, tout ça est une question de point de vue (du moins c'st ce que je pense).

Haku
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Haku
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24.04.2006, 11:41 - Explique-moi les sens des deux mots, s'il te plaît puisque je te prends pour un imbécile.

Je te conseille de t'armer d'autres choses que Google et ton dico perso. Tu devrais aller faire un tour dans un conservatoire pour demander leur sens exact à un chef. Ca pourra te prendre plusieurs années avant de les comprendre. Donc non, ce n'est pas une question d'imbécilité mais de savoir. Si tu l'as pris comme ça, dommage. Tu t'enfermes devant deux mots que tu ne connais aucunement en t'insultant tout seul d'imbécile. Tu n'as même pas daigné chercher le sens...



- Pourtant, Renaud est un grand artiste. A l'époque, quand on lisait un Baudelaire qui expliquait dans une poésie l'effet de se faire sodomiser par quelqu'un, où le fait d'éjaculer pour la première fois on y trouvait de la philosophie... un courant de pensée particulier : "le mal" qui le suivra dans toute son oeuvre. Renaud a suivi une voie similaire, toujours en marge de la société, et si tu t'intéresses un peu à la critique et à ce qui l'entoure, beaucoup de gens le considèrent plus qu'un artiste, mais comme un poète à la Brassens qui inculque une certaine philosophie.


- Tu me citeras des exemples ?

- FIFA... ? Comment oses-tu écrire ce nom en parlant de réalisme "recopier la réalité" ?
Yamauchi avec Gran Turismo "veut faire partager sa passion de la voiture avec le monde entier" : ouah, quelle philosophie ! Mais c'est déjà mieux que de nous vendre un Ridge Racer qui "veut faire partager sa volonté de nous pomper l'argent".

- Le jeu est une réussite visuelle, musicale (ça dépend des jeux).

- Pour Kratos, je n'ai jamais dit ça, au contraire, j'ai bien aimé le jeu, même si c'est une copie de Devil May Cry et qu'il laisse un goût d'originalité évaporé.

- Le thème de l'amour n'a rien de philosophique ? Cite-moi quelques poèmes, justement.


- Entièrement d'accord avec toi, y'a aussi une question de point de vue. Il faut de tout pour faire un monde, de toute manière.
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25.04.2006, 02:07 - Renaud est un philosophe? Ah bon...

- Des exemples de quoi? D'oeuvres d'art non philosophiques? Tu vois de la philosophie là où je n'en vois pas.

- Fifa, PES, c'est vous qui voyez...

- le jeu (God of War) est une réussite visuelle, musicale,...

- Oui, God of War n'invente rien. Oui c'est repris de DMC. Mais contrairement à ce dernier, il est excellent (j'ai du mal avec les minets qui friment et qui ne savent pas ce que c'est que de se mettre en garde).

- le thème de l'amour n'a rien d'original. (Après on peut toujours philosoher dessus... On peut philosopher sur tout.)

- oui, il faut de tout. Et même des discussion comme la notre. des discussions qui ne mènent à rien. On voit tout les deux la même chose mais d'un angle différent, donc fatalement ça coince.
J'ai une vision plus large de l'art (j'y fait rentrer beaucoup de choses) que toi, et plus réduite de la philosophie que toi (je laisse la philosophie aux philosophes).

Bref.
Haku
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25.04.2006, 10:06 ...

Eh bien, vous êtes partis loin les amis !
biggrin

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Il y a une chose que j'aimerais savoir après avoir lu vos deux points de vue sur l'art et la philosophie: Resphoina, est-ce que les arguments de Haku sur les JV t'ont convaincu ?
Penses-tu maintenant qu'il y a de l'art dans un jeu vidéo ? (pour ma part, il m'a convaincu)

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25.04.2006, 10:46 Haku : Tu n'as répondu à ma question sur l'esthésique et le poïétique.

Mon point de vue est loin du sien, exactement. Je ne conçois pas l'art dans les jeux vidéo.

Haku comme beaucoup de gens pensent que le fait de créer une image en infographie plutôt belle relève de l'art. Donc, God of War est beau (et imaginaire par la même occasion, constraste avec le réalisme), il devient un soft "artistique" pour reprendre cet exemple.

Personnellement, j'appelle ça du bon travail de professionnel car graphiquement God of War est beau mais ne dégage rien du tout d'artistique, mais alors rien. Sérieux, dire que God of War est artistique, c'est déjà le faire rentrer dans le fait que tout bon jeu devient "un chef d'oeuvre", parfait problème des tests sur ce site, justement. Il faudrait éviter de déformer les mots de vocabulaire. Art et chef d'oeuvre n'ont rien à voir avec professionnalisme et excellent jeu.

Maintenant, prenons l'exemple de REZ où là, on peut voir enfin un sens artistique sortir car le créateur a pris le risque de faire ce concept si particulier avec la musique. Au lieu de se fonder bêtement sur ce qui existait déjà : DDR & co. Il a préféré créer quelque chose de différent quitte à râter totalement les ventes et quitte à ne toucher qu'un petit nombre de personnes.

Prenons quelques exemples dans le cinéma : Matrix et Avalon, deux films complètement distincts. L'un par sa pseudo-philosophie et son côté ultra-commercial. L'autre par sa vraie philosophie et son côté non-commercial qui en a fait un chef d'oeuvre du cinéma asiatique. Reste qu'il y a encore beaucoup de gens qui croient que Matrix est un chef d'oeuvre du cinéma hollywoodien...

Finalement, c'est quoi un chef d'oeuvre commercial ? Ca existe seulement dans le vocabulaire d'aujourd'hui, à mon avis et ça n'est pas du tout représentatif. Pour moi, un film comme Matrix est un excellent film commercial américain, rien de plus. Je ne lui collerai jamais l'étiquette du chef d'oeuvre sur le dos car ça serait déjà avouer qu'il y a de l'art dedans... Et de l'art dans Matrix... Si, Haku en trouvera sur l'image mais je dirai que c'était un film bien réalisé d'un côté PRO.

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25.04.2006, 10:48 En ce qui me concerne, j'ai été convaincu par Haku !
Sauf sur un point : j'écris artisanat avec un t   ;)

Resphoina : J'ai l'impression d'après ce que tu dis que pour toi commercial ne rime pas avec art.
Même si cela est vrai dans bcp de cas, rien ne l'empeche !

En disant ça ça me fait penser à un collègue qui adorait un groupe de musique jusqu'au jour où il est devenu populaire...

MariHo
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Messages : 103
25.04.2006, 10:55
Citation

Sérieux, dire que God of War est artistique, c'est déjà le faire rentrer dans le fait que tout bon jeu devient "un chef d'oeuvre", parfait problème des tests sur ce site, justement. Il faudrait éviter de déformer les mots de vocabulaire. Art et chef d'oeuvre n'ont rien à voir avec professionnalisme et excellent jeu.


Tu marques un point. Je tiens à préciser que God of War n'a pas eu la mention Chef-d'oeuvre dans le site !
Mais le problème de fond est le même, le terme chef-d'oeuvre pour qualifier un Resident Evil ou un Zelda dans le site te dérange. Disons que quand j'ai choisi les adjectifs correspondant aux notes, je me suis pas pris au sérieux en réfléchissant si le terme "chef-d'oeuvre" était vraiment employé à son juste sens... De toute façon un chef-d'oeuvre c'est purement subjectif: quelqu'un trouvera une chose superbe et quelqu'un d'autre le trouvera sans intérêt.
Donc ce n'est pas à prendre dans le sens artistique du terme mais plutôt comme le plus haut échelon de qualificatif. Il faut le prendre dans le sens au-dessus d'excellent (je sais que pour toi ça n'a aucun sens puisqu'excellent est déjà le summum), un jeu qui se distingue des autres mêmes excellents quoi.
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25.04.2006, 11:27 Je sais bien qu'à la base, vous ne vous êtes pas pris la tête avec les mots de vocabulaire, ça se voit. De toute façon, ça n'empêche pas le site d'être sympa, passionné etc. Mais bon, à mon sens, ça dénature un peu le côté professionnel que tu veux lui donner par la suite avec la v3.

MariHo, tu peux me citer quelques exemples de choses très commerciales qui riment avec art ?
Pour ton collègue qui aimait ce groupe... -un groupe de hard rock ?- et qui est devenu populaire. Personnellement, si un jour Joe Hisaishi venait à faire des albums simplement par argent et qu'il abandonne son combat contre le classique qui ne le reconnaît pas à cause de son style (trop simpliste à leur goût)... Alors, il est clair que je n'apprécierai plus de la même façon Hisaishi.


Quoi qu'il en soit, le problème vient que vous mélangez art avec professionnalisme, c'est tout. Pour vous, ce qui est beau, bien créé c'est de l'art. Donc, les lunettes de Mac Lesggy et les derniers films de Van Damme aussi... Ben oui, Ringo Lam est reconnu comme un grand réalisateur.

Bon, je suis obligé finalement de vous collez ou de vous présentez deux courts-métrages amateurs.

Vous allez peut-être comprendre que finalement, le cinéma américain n'est pas si difficile à faire quand on a un peu de moyen avec Batman.

Et vous comprendrez aussi le sens de la recherche artistique avec le court de l'ESRA.

http://resphoina.free.fr/courts/batman.wmv
http://resphoina.free.fr/courts/esra.wmv

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25.04.2006, 02:14
Citation


MariHo, tu peux me citer quelques exemples de choses très commerciales qui riment avec art ?



Un exemple qui me vient en tête : Million Dollar Baby

Film commercial (tapage publicitaire, production ...) et pourtant ce film présente 2 aspects discutés sur ce sujet : philosophie et art
MariHo
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25.04.2006, 02:38 Je ne connais pas, je vais vite me le procurer. Kaiwen www.aide-informatique-loire...
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25.04.2006, 08:05 Je crois qu'avant de savoir si le jeu vidéo est une forme d'art, il faudrait d'abord se mettre d'accord sur le sens du mot "art".
Nous n'avons visiblement pas le même point de vue là-dessus.

Pour moi, ça c'est de l'art :
dans jeux

dans jeux

dans jeux

Et pourtant, pas de philosophie ici.

Oui il y a de l'art avec un sens (pseudo) philosophique. Un mec peut c***r dans un cendrier et l'exposer en expliquant son "oeuvre" par un long discours compliqué. On peut appeler ça de l'art.
Mais on peut aussi peindre une toile avec pour seul but de faire quelque chose d'esthétique (sans même avoir le discours qui va avec). Et on peut également appeler ça de l'art.

Chacun voit midi à sa porte.

PS : pour ta question sur le vocabulaire, le problème ne vient pas de ce que tu as dit mais de comment tu l'as dit :
CitationDeux mots de vocabulaire :  ESTHÉSIQUE et POÏÉTIQUE, tu connais ?


Ce n'est pas la façon la plus agréable de s'exprimer et ça m'a donner l'impression que tu t'adressais à un neuneu (moi).
Haku
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25.04.2006, 08:34 Royo.

La science-fiction n'est-elle pas une philosophie ? Un art conceptuel ? Un jeu ontologique ?
Combien de séminaires se sont déroulés là-dessus ?

Royo est d'ailleurs souvent pris comme exemple, à ce propos.

dans jeux

dans jeux

dans jeux


Ca aussi, c'est du grand art.

P.S. : Pour le vocabulaire, je l'ai fait exprès pour t'énerver. Je savais que tu ne leverais jamais le petit doigt et que tu serais capable de me répondre sans même avoir cherché. Mais bon, je respecte le fait que tu souhaites rester sur l'idée que dans la musique il n'y a pas de philosophie. Dommage, ce sont les deux mots de vocabulaire qui expliquent concrètement ce qu'est la philosophie intrinsèque d'une partition et d'une composition, la façon de l'analyser, de la comprendre, de la voir sous différents angles et d'en tirer sa force philo.

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25.04.2006, 08:42 Ah bon. Haku
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25.04.2006, 08:43 Tu veux un exemple ?

J'édite : Je ne sais pas si c'est encore d'actualité, mais je ne sais plus si c'était il y a deux ans ou l'année dernière qu'en terminale on voyait le rapport entre SF et philosophie à travers des oeuvres littéraires comme Chroniques martiennes, le Livre des robots ou la Machine à voyager dans le temps et des peintures et dessins, dont certaines illustrations de Royo.

Tu penses sérieusement qu'un artiste dessine peint ou écrit un truc sans aucune intention ? Tu penses sérieusement que cette illustration de Royo n'a aucun sens et que ça représente l'art denué de toute autre forme ? Ca peut être une possibilité, je ne contredis pas à 100 % que l'art denué de toute autre sensibilité n'existe pas, mais est-ce que ça serait humain ?

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25.04.2006, 09:50 Ce n'est parce que quelque chose à un sens que c'est de la philosphie.
Beaucoup de films sont fait avec une intention bien précise : montrer la réalité de certains milieux, faire rire, effrayer, etc... Mais ça n'en fait pas de la philosophie pour autant.

Les panneaux du code de la route ont un sens. Est-ce pour autant de la philosophie?
Haku
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25.04.2006, 10:04 "Aucun sens philosophique", tu crois sérieusement qu'une oeuvre d'art en est dénuée ?

Je crois que de montrer la réalité de certains milieux... Ca peut avoir une valeur symboliquement philosophique si le film n'est pas commercial. Prenons Suzhou River interdit en Chine car il montrait la saleté de la rivière de Shanghai et la prostitution dans les quartiers pauvres qui bordent cette rivière. Le film avait été tourné clandestinement. Pourtant, Lou Ye s'intéresse aux gens, exprime ces opinions quant à l'occidentalisation de la Chine (l'image de la sirène qui n'existe pas dans la mythologie chinoise). Il perce la vérité avec sa caméra au poing ce qui déplaît... - Mais qui est Mada(r) ?

Je reste là-dessus, tout oeuvre réellement artisitique possède un sens philosophique intrinsèque. Qu'il soit implicite OU explicite. L'art est quand même considéré par beaucoup comme une puissance qui sert à l'évolution et à l'affinement de l'âme humaine...

Voilà, je reste "supporter" que l'art et la philosophie sont étroitement ou paradoxalement liés et suis contre les idées de Platon, comme des tiennes. Après, si tu me demande une dissertation, alors, je me lancerai si je n'ai pas le choix.


N'empêche que le code de la route, c'est la philosophie de Sarko. Quoiqu'en ce moment, il en a après les stades.
Kaiwen www.aide-informatique-loire...
Kaiwen
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25.04.2006, 10:57 Sur Game Kult on a un sujet de moult pages sur ce sujet et personne ne tombe d'accord. Bref on en revient toujours à définir la notion d'art. Et lorsque l'on tente de l'appliquer au JV rien ne tient plus debout. S.Plissken
S.Plissken
S.Plissken
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25.04.2006, 11:03 Pour ceux qui ont le temps, j'ai trouvé un truc intéressant sur Internet du site philocours.com tenu par des professeurs de philosophie de lycée de d'Université (ouais, d'ailleurs je m'en suis souvenu car un de mes profs gueulaient toujours après ce site car ils font les devoirs des élèves à leur place). Je crois que ça "résume"... Enfin, ça extrapole notre débat et que ça pourrait mettre tout le monde d'accord.

http://www.philocours.com/disse/diss-artetphilo.html

Introduction



On nous demande ici d'examiner quels sont les rapports entre deux notions qui appartiennent toutes deux au domaine de l'activité de l'homme, à savoir, l'art et la philosophie.



Spontanément, nous sommes portés à faire la différence entre ce qui relève de l'art et ce qui relève de la philosophie : en effet, nous avons un rapport différent envers les oeuvres de la philosophie et celles relevant de l'art. Nous sommes en effet portés à dire que les oeuvres de la philosophie nous communiquent un certain savoir, et sont essentiellement intellectuelles, c'est-à-dire, nécessitent un effort intellectuel, et s'adressent à notre entendement ou à notre raison : bref, ici, nous sommes essentiellement dans l'abstrait. Au contraire, nous sommes portés à dire que les oeuvres de l'art sont là essentiellement pour agrémenter notre existence, et qu'elles s'adressent à notre sensibilité : l'art relèverait essentiellement du sensible et apporterait un plaisir.



Ainsi, au premier abord, trouvera-t-on étrange que les deux notions d'art et de philosophie soient, dans notre intitulé, reliées par la conjonction de coordination "et" : en effet, cela ne présupposerait-il pas qu'il est légitime de les mettre côte à côte et de les interroger ensemble, comme si elles avaient des points communs ou comme si leurs existences respectives pouvaient être amenées à se croiser?



Mais si nous nous éloignons de l'attitude du sens commun pour envisager ce que nous disent quant à eux les philosophes sur les rapports entre la philosophie et l'art, on ne peut que faire un constat : tantôt les philosophes ont prôné le remplacement de l'art par la philosophie, tantôt l'abolition de la philosophie au profit de l'art (ou la réalisation de la philosophie dans l'art).



Le lecteur philosophe comprend donc bien l'intérêt, et la légitimité, de l'intitulé du sujet : il interroge la philosophie, et lui demande de fournir ses titres de créance quant à ce qu'elle dit de l'art.



Nous aurons à nous demander si la philosophie et l'art sont essentiels l'un à l'autre, ou plus précisément, dépendent l'un de l'autre, et ce, conceptuellement ; ou si cela ne révèlerait pas plutôt d'une "histoire malheureuse", celle d'une emprise de l'une des notions sur l'autre, d'un assujettissement de l'une à et par l'autre. Et si la dépendance ou l'interchangeabilité entre les deux ne pourrait pas être remplacée par un rapport de communication ou d'entr'aide, sans que cela mène à leur disparition l'un au profit de l'autre -c'est-à-dire, sans que l'on perde de vue leur autonomie, leur valeur propre, qui n'aurait pas à être évaluée à l'aune de l'autre.



Entre art et philosophie, doit-on concevoir qu'il y a harmonie, ou combat? Mais cette question est-elle vraiment pertinente ou même légitime?







  1. Nous devons d'abord caractériser chacun des termes avant, et afin, de savoir quel type de rapport peut s'instaurer entre eux.



A- Caractérisation de la notion d'art



1) Signification générale du terme d'art



On notera tout d'abord que le terme d'art est ici pris dans toute sa généralité : il ne s'agit pas des beaux-arts à proprement parler. Il faut noter que le terme d'art n'a pas toujours signifié l'activité créatrice d'oeuvres belles. En effet, jusqu'au 18e, il a été synonyme de "technique", et a englobé le domaine de l'activité humaine capable de production.



Ainsi pour Aristote l'art est le domaine de la poiésis, ou activité fabricatrice, qui, par l'emploi de règles, crée des oeuvres extérieures. Originellement, donc, l'art ne se distingue nullement de l'artisanat. Il est avant tout action extérieure, transformation de la nature, et il s'oppose par là aux deux autres domaines d'activité humaine que sont la praxis, qui est également du domaine de l'agir, si ce n'est qu'elle connote la transformation de soi par soi ou ce qu'on appelle aujourd'hui l'action morale, ainsi qu'à la théoria ou vie contemplative, qui englobe la philosophie et la science.



Connoté ainsi péjorativement en tant que l'art est du côté du travail et non du côté du loisir philosophique de la Grèce antique, l'art en vint pourtant peu à peu à s'émanciper de son côté artisanal et strictement productif, pour désigner une activité libre et si l'on veut noble, dans laquelle l'artiste met sa propre empreinte intérieure sur l'extérieur, et où il transmet dans son oeuvre sa propre vision du monde, de l'homme, et même, souvent, des rapports de l'homme et du monde.



2) Ses moyens d'expression essentiels



Après cette caractérisation sommaire de l'art, nous devons également préciser quels sont ses moyens d'expression essentiels, ce sans quoi il ne saurait y avoir art ou oeuvre d'art.



On serait automatiquement tenté de faire ici référence à la beauté ; pourtant, comme l'a bien vu Kant dans sa Critique de la faculté de juger, la beauté est essentielle à l'expérience esthétique ou aux caractères esthétiques d'un objet, mais non à proprement parler à l'oeuvre d'art ; Kant estime même que la beauté serait à la rigueur seulement prédicable de la nature, en tant notamment que quand nous jugeons belle la nature, ce jugement est spontané et n'est médié par aucun intérêt, alors que vis-à-vis des oeuvres d'art, notre jugement esthétique estimant leur beauté est toujours douteux, médié par la culture et les raffinements de la vie en société.



D'ailleurs, sans faire référence à l'oeuvre d'un philosophe, nous pouvons ici donner comme exemple des oeuvres d'art dans lesquelles ce qui les fait être oeuvres d'art n'est pas leur beauté : en effet, on ne peut dire que l'urinoir de Duchamp, intitulé "Fontaine", ou encore, le "Carré blanc sur fond blanc" de Malévitch, sont "beaux" ; et pourtant, nous estimons que nous avons affaire à de l'art.



Nous préférerons alors dire à la suite de Hegel (in Cours d'esthétique, tome 1, Champs Flammarion) que l'art consiste essentiellement à exprimer des idées dans un matériau sensible. Son domaine d'expression privilégié est donc celui du sensible, de l'image. Son propos est de rendre visible, ou de manifester, de montrer, ce qu'il veut nous transmettre.



B- Caractérisation de la notion de philosophie



1) La philosophie quant à elle est une activité essentiellement rationnelle, ayant non seulement son origine dans notre raison, mais aussi, s'adressant à celle-ci.



Dans une première définition, à la fois historique et générale, elle se définit, depuis Socrate, et par l'intermédiaire de Platon, comme interrogation critique sur nos préjugés à propos de la réalité quotidienne, vis-à-vis de laquelle elle nous aide à prendre une distance salutaire, en nous permettant de voir lucidement le réel qui nous entoure, et même, pour les plus heureux, comme le montre la fameuse allégorie de la caverne du livre 7 de la République, elle permet de voir ce qui est réellement réel au-delà des apparences immédiates. C'est une activité réflexive, de prise de conscience de soi, le lieu où la pensée s'exerce explicitement et en toute conscience ; et ce, sous la forme adéquate à la pensée, qui est le concept.



Plus spécialement la philosophie est synonyme de métaphysique, en tant qu'elle s'interroge sur la condition humaine, sur le sens de la vie, sur l'origine de l'univers et sur sa nature, etc. Elle cherche à savoir quel est le fond des choses, de la réalité humaine. Elle est donc essentiellement une discipline interrogative et réflexive qui culmine dans les questions de type "pourquoi (y a-t-il quelque chose plutôt que rien?)" ainsi que "qu'est-ce que (essentiellement, est cette chose qui se présente au premier abord comme ayant telles déterminations sensibles?)".

Il semble donc que l'art n'ait rien à voir avec la philosophie, puisque celui-ci a essentiellement affaire au sensible, à la fois comme contenu et comme moyen d'expression, alors que la philosophie, elle, a essentiellement rapport au conceptuel comme moyen d'expression, et à un réel pensé comme plus vrai que les apparences immédiates, comme contenu. En tout cas, il est certain, au premier abord, qu'il n'y a pas de philosophie dans l'art ni d'art dans la philosophie ; ou, pour le dire autrement, la philosophie n'est pas de l'art, et l'art n'est pas de la philosophie.



II- Conséquence : le rapport entre l'art et la philosophie est un rapport d'irréductibilité et d'opposition



Il ne semble donc pas qu'on puisse être amené à les confondre, ni même qu'on puisse penser un passage entre les deux : les frontières entre eux sont bien délimitées, puisqu'ils n'ont vraisemblablement rien à voir l'un avec l'autre. Il semble donc que le rapport entre les deux notions ne puisse être que d'opposition, et ne puisse aboutir qu'à un conflit.



A- Ils sont irréductibles du point de vue de la méthode



Du point de vue de la méthode, on peut dire que l'art et la philosophie sont coupés l'un de l'autre, sans passage possible de l'un à l'autre. On va voir qu'ils renvoient vraisemblablement à différentes facultés de l'esprit.



D'abord, en effet, l'art renvoie à la sphère du sentiment, de l'imagination, alors que la philosophie, elle, renvoie à ce qui est de l'ordre de la raison. L'art serait donc de l'ordre du confus, de l'effusion des sens, alors que la philosophie, en tant qu'elle relève du concept, est liée à la clarification des idées.



Kant, quand il définit, dans les paragraphe 46 de la Critique de la faculté de juger, les beaux arts comme relevant du génie, pourrait très bien être en train de nous dire que l'art est spécifiquement différent de la philosophie du fait qu'il relève du génie. En effet, le fait que l'artiste soit un "génie" signifie qu'il ne sait pas rendre compte de ce qu'il fait, qu'il ne peut expliquer son oeuvre. Non seulement on est ici loin de l'esprit conscient de soi, mais encore, du domaine de la clarté. En effet, le génie est encore défini par Kant comme faculté des idées esthétiques, c'est-à-dire, des représentations à jamais irréductibles au concept. Si elles donnent à penser, et même, beaucoup à penser, on ne pourra jamais avoir d'elles une notion adéquate ou un concept.



Ainsi on aura beau analyser une oeuvre, qui aurait par exemple pour but de nous montrer la brièveté de la vie humaine, en tant qu'elle relève des beaux-arts, on ne pourra jamais épuiser le réseau de ses significations . La philosophie, si elle veut parler de la brièveté de la vie humaine, cherchera à le faire le plus clairement possible, et, surtout, elle n'a pas le droit, à moins de refuser justement son statut de philosophie, de recourir à la méthode de l'artiste. Un philosophe qui estimerait écrire, par exemple, sur le coup du génie, est un poète, ce n'est pas un philosophe.



B- Art et philosophie sont irréductibles du point de vue de leur contenu



Du point de vue du contenu également, il semble que l'opposition art et philosophie soit bien tranchée. L'art appartient en effet à un domaine qui, eu égard aux concepts que la métaphysique emploie ou évalue positivement, ne peut qu'être dévalué par rapport à la philosophie.



L'art en effet a à voir avec les apparences sensibles ; or on sait que dès ses débuts le philosophe s'est opposé à ce domaine en tant qu'il n'est pas voie d'accès à l'être, et n'est même pas de l'être à proprement parler : les apparences sensibles ne renvoient qu'à la surface des choses. La philosophie qui est recherche de la vérité, et, en tant que métaphysique, enquête ontologique, ne peut que s'opposer au domaine des apparences et même du sensible en général.



On comprend que Platon, initiateur du discours philosophique occidental, mette l'art hors du champ de la philosophie. L'auteur pense l'art comme opposé à la philosophie et comme dangeureux pour elle. En effet, l'art est pour lui du même ordre de valeur que la rhétorique ; l'art dupe et flatte les sens, et nous éloigne de la réalité vraie.



Si on regarde le portrait du poète qui est fait dans les livres 3 et 9 de La République, on ne peut que constater qu'il s'oppose en tous points avec le portrait du philosophe qui nous est dépeint dans le livre 7. L'artiste ou le poète, est éloigné de trois degrés de la vérité : quand il copie quelque chose, ce n'est même pas l'exemplification de l'Idée, qui elle est déjà une pâle copie de ce qui est réellement réel, mais seulement son reflet apparent ; le poète néglige la vérité et détourne l'amateur d'art de l'effort pour atteindre au vrai ; pire, il fait passer son entreprise pour vraie, alors qu'il n'a aucune connaissance véritable de l'Idée : il est donc en opposition avec le philosophe et peut même empêcher celui-ci de mener à bien son entreprise d'éducation du peuple.



L'art est dangeureux (en tant, il faut le noter, qu'apparemment, l'art essaierait de s'approprier de l'objet propre du philosophe : car alors, ayant avec lui la belle apparence, pouvant donner lieu à un plaisir esthétique, il sera plus "convaincant" pour le peuple que la philosophie, qui elle, n'a pour elle que la raison, qui paraît souvent au peuple trop rêche et trop sérieuse...) ; et c'est le philosophe qui reçoit le rôle de nous avertir de ses dangers.



La philosophie, chez Platon, se définit donc par son opposition même à l'art, et par sa supériorité sur celui-ci : elle doit le remplacer. L'art de son côté essaierait d'empiéter sur son domaine, sans succès. Il est vrai que si, comme on l'a dit, les caractéristiques spécifiques de l'art sont nettement exclusives de la philosophie, alors, si l'art essaie de faire comme la philosophie, alors, l'art ne peut que, si la philosophie est déclarée supérieure en dignité, faire moins bien qu'elle!

III- Dépassement de l'opposition tranchée art et philosophie



Mais comment alors expliquer l'importance de l'art dans l'histoire de la philosophie? Si l'opposition paraît évidente, pourtant, la philosophie peut-elle vraiment se passer de l'art? Et les frontières entre les deux, loin d'être infranchissables, ne seraient-elles pas plastiques?



A regarder de plus près l'histoire de la métaphysique et/ou de la philosophie, on est donc en présence de difficultés majeures pour notre sujet.



A- La philosophie a besoin de l'art



En effet, d'abord, il se pose la question de savoir comment il se fait que le texte fondateur de la figure du philosophe -la République de Platon- soit aussi en même temps un manifeste contre l'art. Cela signifie que si l'art est l'autre de la philosophie, c'est la philosophie qui le dit, et cela, originellement ; ainsi le conflit originel de la poésie et de la philosophie dont nous parle Platon dans le livre 9 (op.cit.) a pour origine le discours du philosophe et signifierait que la philosophie est venue prendre la place, dans la Grèce antique où naît une raison remplaçant le mythe et s'opposant au domaine des apparences sensibles, de ce qui peut relever de ce que Kant appelle si bien les "idées esthétiques".



Mais cela signifie encore que l'art est essentiel à la philosophie. Depuis toujours, la philosophie se demande ce qu'est l'art -même si évidemment ce n'est qu'avec Hegel que l'art est vraiment considéré comme un objet digne qu'on le traite philosophiquement... - , à tel point qu'on peut presque dire que la philosophie de l'art est le coeur de la philosophie. L'art fait problème pour la philosophie, et ce, non pas seulement en tant que le droit, ou l'histoire, ou tout ce qui est en général, comme le dit Hegel dans la préface des Principes de la philosophie du droit, est l'objet même de la philosophie, mais surtout en ce que définir l'art, permet de définir la philosophie. L'art a toujours permis à la philosophie de réfléchir sur ses propres concepts, il pose des questions philosophiques à la philosophie.



Par exemple Platon, à l'époque duquel les oeuvres d'art étaient des copies du monde réel, était poussé par leur existence à s'interroger sur le statut de l'image, et par opposition, de la réalité (qui pour lui est l'Idée). Aujourd'hui plus que jamais, les oeuvres d'art interrogent le philosophe sur statut du réel, de la représentation, etc.



B- Les frontières entre eux sont plastiques



Ensuite, il apparaît évident que quand l'un des deux domaines est en crise, l'autre domaine prend aussitôt la place ou la valeur de l'autre : il semble y avoir un échange de rôles permanent entre l'art et la philosophie -même s'il apparaît toujours sur le mode du conflit, cela incline à penser que les frontières sont "plastiques" entre eux...



Ainsi on constate par exemple que les Romantiques allemands comme Fichte, Schelling, Novalis, ont eu pour but de remplacer la philosophie par l'art. Selon eux, la philosophie étant prisonnière du discours conceptuel ou du rapport sujet-monde, elle ne peut réaliser ce que pourtant elle s'efforce de découvrir, à savoir, la vérité de l'être. Dès lors, ce sera l'art seul qui pourra réaliser ou découvrir ce que la philosophie ne parvient pas à découvrir.



Ce que l'histoire de la philosophie nous donne à voir, c'est que c'est toujours ou l'art, ou la philosophie : elle affirme, que ce soit implicitement ou explicitement, l'alternative art/ philosophie.



Mais comment cela est-il possible, après nos analyses précédentes? N'avions-nous pas affirmé que tout passage entre les deux était rigoureusement impensable, impossible?



On trouve pourtant des philosophes poètes, comme Novalis, ou encore, Nietschze, qui, avec son Ainsi parlait Zarathoustra, a composé un "poème philosophique", qui trouvent que le meilleur moyen pour faire passer un contenu philosophique, est l'art, quoiqu'ait pu dire à ce sujet Hegel, pour qui certes, l'art a le même contenu que la philosophie, mais l'exprime dans une forme inférieure ou inadéquate -la forme adéquate étant le concept, donc, la philosophie.



De son côté, l'art prétend d'ailleurs de lui-même à remplacer ou du moins à faire pareil que la métaphysique : ainsi Kandisky, chef de file de l'art abstrait, écrit-il dans Du spirituel dans l'art, et dans la peinture en particulier, que l'art vise (seul) à une connaissance absolue des choses, à nous faire "voir" ce que les apparences sensibles nous cachent...



C- L'art, meilleur moyen que le concept pour exposer le contenu de la philosophie...



Le contenu de la philosophie est-il donc vraiment, comme nous le sous-entendions dans une première partie, par essence inadéquat à l'art comme méthode d'exposition? L'art ne serait-il pas au contraire le moyen privilégié pour faire passer le genre d'idées que le philosophe ou le métaphysicien veut faire passer?



C'est en tout cas l'avis de Carnap, positiviste logique, qui estime, dans son essai intitulé Le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage (1929), que, en tant que le philosophe essaie de transmettre sa vision du monde, ou son sentiment à l'égard du monde, il ne peut que s'opposer à la science, et par conséquent ne peut qu'être rangé dans le domaine de l'art. La philosophie n'est pas moins rigoureuse que l'art, et l'art, une fois encore, fait mieux que la philosophie...



IV- L'assujettissement philosophique de l'art



Mais interrogeons-nous donc sur cette alternative art/philosophie que nous rencontrons sans cesse dans l'histoire de la philosophie : d'où vient-elle? Que signifie-t-elle? -En tout cas, elle ne nous paraît pas "évidente", étant donné notre première détermination des deux termes. En fait, il nous semble que, comme le dit si bien Danto, nous sommes ici en présence d'un "assujettissement philosophique de l'art", ou encore, de l'emprise de la métaphysique sur l'art.



A- L'alternative art et philosophie n'est pas évidente, et a pour origine la philosophie.



La conséquence de ce qui s'avèrera être, à l'analyse, un assujettissement, nous semble devoir mener à une critique de l'attitude de la philosophie à l'égard de l'art et également à remarquer l'incapacité majeure de la philosophie à penser l'art: la philosophie rate la spécificité de l'art.



De plus, peut-être l'art est-il victime de cet assujettissement, comme on peut le voir aujourd'hui : c'est comme si les artistes étaient jaloux des philosophes, ou croyaient qu'ils devaient faire un art philosophique. Le risque, outre la perte de la spécificité de l'art chez les artistes eux-mêmes, nous semble être aussi que cela peut mener à un certain appauvrissement de l'art.



En effet, si l'art et la philosophie sont hiérarchisés et interchangeables, c'est qu'on les réfère tous deux à un même but, critère, ou domaine. Mais de quel droit? Pourquoi seraient-ils du même domaine? Pourquoi ne pas reconnaître leur différence et ce, positivement?



Ce n'est que parce que la philosophie juge l'art en y important ses propres concepts, en ne voulant pas les mettre de côté, qu'elle méprise l'art -mais aussi parfois, comme nous l'avons vu avec les romantiques, le loue. Ainsi l'art du philosophe, ou l'art dont nous parle la philosophie, ne paraît pas vraiment "accepter" sa spécificité, jusqu'à rater l'expérience esthétique. Le philosophe parlant sur l'art ne s'intéresse en fait pas à l'art -du moins son art nous paraît bien être transformé pour plaire aux lunettes philosophiques. La philosophie ne peut que rater l'art en voulant y retrouver ce qui pour elle a de la valeur. La philosophie prétend déterminer le statut de l'art en cherchant sa distance ou proximité avec les valeurs suprêmes de la philosophie -ce qui revient à le penser "du dehors".



Cela a mené Platon à déprécier l'art, comme nous l'avons vu : c'est bien la philosophie qui institue le "manque d'être" de l'art. Dans les hiérarchies des formes d'art faites par les philosophes, comme par exemple chez Kant et Hegel, on trouve toujours, comme par hasard, la poésie ou la littérature en haut de la hiérarchie ; d'ailleurs quand les philosophes veulent remplacer la philosophie par l'art, ce sont ces deux arts qui sont alors investis...

Ici, il nous paraît intéressant de référer à la thèse exposée par Heidegger dans L'origine de l'oeuvre d'art (in Chemins qui ne mènent nulle part). En effet, selon Heidegger, l'essence de l'art est de faire advenir la vérité de ce qui est. Or ici, nous retrouvons toutes les stigmates de ce que nous appelons avec Danto, l'assujettissement philosophique de l'art.



En effet, d'abord, Heidegger réfère l'art à la vérité, ce qui rappelle l'attitude originaire de Platon ; seulement ici l'art surpasse en ceci la philosophie puisque la philosophie s'est révélée être, dans ses autres écrits, incapable de mener à bien sa tâche. D'ailleurs, Heidegger dit lui-même dans les éclaircissements qui se trouvent à la fin de cet essai, que "la méditation sur ce qu'est l'art est entièrement et décisivement déterminée par la seule question de l'être". On le voit bien tout au long de cet essai : la question de l'essence de l'art permet de reposer les questions, mal posées et mal résolues jusqu'alors par la métaphysique occidentale (cf.son analyse de la choséité de la chose, à laquelle l'oeuvre d'art -celle de Van Gogh- permet de répondre mieux que toutes les théories philosophiques en vigueur), de l'essence de l'être, et de l'essence de la vérité.



On voit donc bien ici que ce qui intéresse le philosophe dans l'art, est une résolution des problèmes philosophiques ou métaphysiques ; la preuve en est, semble-t-il, que son analyse du tableau de Van Gogh est plutôt pauvre et fantaisiste ... L'essai de Heidegger nous porte à penser que la promotion des arts au niveau d'une connaissance "extatique" scelle en réalité leur soumission au discours philosophique ; par là en tout cas on usurpe une descrïption analytique des oeuvres d'art, acceptant leur richesse et leur diversité, et refusant de hiérarchiser les formes d'art -en refusant de dire, comme nous l'avons vu ci-dessus avec Kant et Hegel, qu'une forme d'art serait plus proche de ce qu'est, en son essence, l'art, qu'une autre (nous précisons que, une fois encore, l'art est par essence, pour Heidegger, "Poème&quot ;) .



L'opposition comme conflit ou combat pour "avoir la vedette" sur le plan de la vérité, entre art-philosophie est donc apparemment non évidente, elle vient de la philosophie. Mais la philosophie est-elle pour autant condamnée à dénigrer l'art, ou à refuser de voir sa spécificité? L'art et la philosophie sont-ils donc condamnés à ne pas communiquer entre eux, ou à être en conflit? Et si la philosophie nous a semblé être, ou du moins s'affirmer, anti-artistique par essence, l'art, de son côté, est-il par essence anti-philosophique?



B- L'art est-il par essence anti-philosophique ?



La philosophie, hormis évidemment les romantiques, nous semble en tout cas être injuste avec l'art, ou exagérer son côté "sensible" et par nature ou à jamais fermé à la philosophie.



En effet, il nous semble que l'histoire de l'art nous enseigne à reconnaître la présence (non accidentelle) de caractères soi-disant "spécifiques" à la philosophie, au sein de l'art ou de certains courants artistiques. Mis à part le fait que comme on l'a déjà dit, l'artiste lui-même déclare assez souvent que l'art a une fonction métaphysique, il nous semble encore avoir les mêmes vertus que ce par quoi nous avons défini la philosophie dans notre première partie : en effet, il semble y avoir une certaine vertu de mise à distance, non seulement du monde qui nous entoure, mais encore, des préjugés, et même, l'art permettrait de prendre conscience de nous-mêmes et du monde qui nous entoure -et cela, peut-être avec une plus grande intensité ou vivacité que la philsophie, dûe à son caractère de présence et à la place que peut y jouer l'ironie.



Ainsi par exemple le mouvement artistique que l'on a appelé "pop-art" permet de montrer la "vérité" de la société de consommation, d'une manière plus vivace que la philosophie ne saurait le faire, puisqu'elle nous le fait deviner en nous mettant à distance de cette expérience même ; par exemple, c'est la signification du geste de Warhol, qui a reproduit en plusieurs exemplaires des boîtes Brillo : il a voulu nous "faire voir" la société de consommation, nous faire réfléchir sur elle. Pour ce qui est de faire précisément prendre conscience de soi, de réfléchir, l'art abstrait de Reinhardt semble bien avoir pour but de permettre de permettre au spectateur de prendre conscience de soi-même à travers l'expérience artistique que ses tableaux suscitent.



De plus, par bien des aspects, l'art semble être philosophique, ou plutôt, faire ce que fait la philosophie de l'art. En tout cas, Danto, dans La transfiguration du banal,, interprète l'art contemporain comme étant philosophique : cet art, selon lui, considère que sa tâche est avant tout d'élucider sa propre essence -qui, justement, consisterait dans cette élucidation même! On rappelera ici le geste de Duchamp ou encore, pour reprendre l'exemple privilégié de Danto, les "brushstrokes" de Lichtenstein : dans ces tableaux reproduisant les célèbres coups de peinture des néo-expressionistes, l'artiste ferait la critique de l'art, et réfléchirait sur les fondements de l'art : l'art réfléchit donc sur lui-même. L'art de notre siècle se réduirait à la question de sa propre identité. Essentiellement théorique, il n'a plus besoin de la philosophie.



Si par bien des côtés la thèse de Danto est juste, en ce que notamment elle nous permet de dire que l'art n'est pas anti-philosophique par essence, elle semble toutefois rater, elle aussi, la spécificité de l'art : pourquoi si l'art est philosophique essentiellement, continuerait-on à faire des oeuvres d'art? Pourquoi ne pas aller droit à l'essentiel? Il semblerait que sa thèse reconduise l'impasse consistant à dire que si l'art et la philosophie ont même contenu, ou que si l'art n'est en définitive rien d'autre que de la philosophie, alors, il ne sert à rien de faire des oeuvres d'art - ce serait même un signe de l'incapacité de l'artiste à maîtriser le domaine du conceptuel, etc. Il faudrait semble-t-il mesurer le propos de Danto, qui est, encore, le propos d'un philosophe, et reconnaître, plus modestement, que l'art n'est pas seulement un moyen d'expression sensible, comme Hegel lui-même le reconnaissait (op.cit.). Il est aussi, et pour une grande part, intellectuel.



D'abord en ce que l'artiste est un penseur, il réfléchit, et fait passer des idées -tout ne se passe pas dans la jouissance perceptive, comme d'ailleurs l'avait vu Kant dans sa théorie du plaisir esthéthique ou du jugement de goût -qui est justement un jugement.



Mais encore, en ce que l'artiste, notamment à travers toute la Renaissance, a toujours réfléchi sur son art, et écrit des théories sur son art, comme par exemple Léonard de Vinci.



Certes, la théorie ne pourra jamais remplacer l'oeuvre artistique, mais notre propos est de montrer ici que l'activité artistique est intellectuelle en même temps qu'esthétique. -Si bien qu'à proprement parler, le "vrai" concept de l'art auquel nous avons abouti pourrait permettre à terme de le réconcilier avec sa prétendue ennemie la philosophie...



C- Un cessez-le-feu semble donc possible



Par là en effet, on peut déjà voir un quelconque rapprochement possible entre les deux. Nous ne pouvons que constater que l'histoire de la métaphysique et celle de l'art s'entre-croisent, et que sans cesse, philosophie et art se substituent l'un à l'autre ; on peut interpréter ce constat, sinon comme une preuve de leurs points communs, du moins comme le signe de leurs frontières plastiques et une invitation à ne pas trop vite les séparer.



Mais surtout, cela nous met sur la voie d'un réel rapport d'amitié ou de communication entre eux, au sens où on pourrait bien les voir coopérer entre eux.



C'est, il semble bien, ce qui se passe dans l'art contemporain. Aujourd'hui plus que jamais, l'art nous paraît être un appel à philosopher, comme peut-être il l'aura toujours été, quoiqu'ait pu en dire Platon -qui vraisemblablement en a fait lui-même pour la première fois l'expérience!



Il nous semble très important de reconnaître un rapprochement possible, en ce que nous avons des expressions d'idées, et que nous avons aussi une communication possible, et souvent, effective, comme nous l'avons vu, entre eux ; mais il faut se garder de vouloir porter sur ces domaines d'activité à part entière un jugement de valeur, afin de garder leur spécificité?



Conclusion



Si l'oeuvre d'art est esthétique, et à ce titre, présentation sensible (de choses, de personnages, et de situations), elle ne s'en adresse pas moins même si à proprement parler elle est non conceptuelle, à la pensée et à la réflexion. Il est donc exagéré de référer l'art aux valeurs de la philosophie, comme si elle avait même but et contenu, mais seulement une forme différente, mais il est tout aussi exagéré de les opposer ou de les hiérarchiser. Disons avec Kant que l'art est essentiellement un jeu avec les concepts, alors que la philosophie les prend au sérieux... Art et philosophie semblent à même de faire travailler notre esprit, s'adressent essentiellement à notre esprit ou à notre entendement, et c'est sans doute pour cela que parfois l'art ou la philosophie transgresse ses limites... (chacun a beaucoup à apprendre de l'autre).



Même si dire de l'art contemporain qu'il est philosophique est peut-être exagéré, et ne signifie en fait, plus modérément, que l'art porte de plus en plus à penser pour la philosophie, on peut en déduire qu'il y a une communication évidente entre les deux, et que l'un accompagne l'autre de manière non conflictuelle. Peut-être est-ce un signe, non de la mort de l'art, mais de ce que leurs existences sont nécessairement liées l'une à l'autre (n'avons-nous pas vu que leurs destins étaient liés?). Art et philosophie sont tous les deux en crise, et cherchent, apparemment, à la résoudre en commun, ou du moins en se tournant vers son "autre". Peut-être pourrait-on dire ici après tout que leurs racines sont tellement communes que quand dans une sphère, on n'arrive pas à mener à bien son entreprise, on recourt spontanément (mais sans trop savoir pourquoi) à l'autre...
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Kaiwen
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Messages : 7 232
26.04.2006, 08:44
CitationVoilà, je reste "supporter" que l'art et la philosophie sont étroitement ou paradoxalement liés et suis contre les idées de Platon, comme des tiennes. Après, si tu me demande une dissertation, alors, je me lancerai si je n'ai pas le choix.


Je sais. C'est bien ce que je dis : c'est une question de point de vue. L'art peut être limité au "beau", à une recherche esthétique (pour moi).

CitationL'art est quand même considéré par beaucoup comme une puissance qui sert à l'évolution et à l'affinement de l'âme humaine...


Vu que je ne crois pas à "l'âme" je suis embêté...

Haku
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Messages : 941
26.04.2006, 09:00 Trop long ton pavé... Même en diagonale c'est c****t à lire.

Haku
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Messages : 941
26.04.2006, 09:40 C'était juste pour m'éviter de faire une dissert' ! Kaiwen www.aide-informatique-loire...
Kaiwen
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